«Beaucoup de jeunes assument leur homosexualité en entrant à la fac.»

Bruno Julliard, président du principal syndicat étudiant, l'UNEF, avait mené la campagne contre le contrat première embauche. Actuellement en master de Droit à l'université de Lyon-II, il répond à l'occasion de la rentrée universitaire.
Selon vous, la vie étudiante tolère-t-elle bien les homos?
L'acceptation des gays et des lesbiennes à l'université a suivi l'évolution favorable de la société en général. Mais il reste énormément de travail à accomplir car il y a encore trop de moments où ils subissent des discriminations. C'est le cas des bizutages, qui subsistent malgré leur interdiction par la loi. Il n'y fait pas bon d'assumer son homosexualité. Il y a aussi de nombreuses inscriptions violemment homophobes sur les murs des facs, et des affiches d'invitation à des soirées très beauf – je pense à un flyer pour une soirée de médecine montrant deux mecs, au-dessus de la phrase «Ne vous inquiétez pas, il y aura aussi des filles». Il faut une réelle politique d'éducation à la santé, ainsi que de l'écoute, de l'accompagnement pour les jeunes mal dans leur peau, et pas seulement dans les infirmeries. Je regrette aussi qu'il n'y ait aucune étude claire en France sur l'homophobie en milieu scolaire. Le gouvernement doit en financer, car pour l'instant, on ne peut se baser que sur des analyses belges ou canadiennes.
Comment les gays et lesbiennes s'impliquent-ils à l'université?
L'entrée à l'université est souvent le moment, pour des jeunes gays et lesbiennes, de s'émanciper de ses parents, d'accéder à l'autonomie et de s'assumer enfin tels qu'ils sont. D'où la vitalité des associations homo dans les facs, à laquelle on veille, avec l'UNEF, en s'assurant qu'elles ont les locaux et les crédits nécessaires. Mais la France reste en retard sur les autres pays, sur ce domaine comme sur celui de la vie étudiante en général. Encore tout récemment, le milieu étudiant était très conservateur, y compris l'UNEF qui ne soutient le mariage des homosexuels que depuis 2002. Comme tous les syndicats, il a eu du mal à intégrer des «luttes transversales», plus sociétales, telles que l'égalité hommes/femmes ou homos/hétéros, qui ne sont pas héritées de la lutte des classes. Il a fallu mener une campagne interne pour faire évoluer les mentalités.

Avez-vous personnellement pris part à cette bataille?
J'ai participé à cette évolution dès le début de mon engagement, la lutte pour l'égalité est un moteur fondamental de mon engagement. J'ai représenté l'UNEF à plusieurs réunions du collectif HomoÉdu, sur les questions d'homosexualité et d'homophobie à l'école, et je participe chaque année à la gay pride avec le syndicat. Au final, pour moi, les revendications pour la défense des droits s'intègrent dans un projet de société républicain. De la même façon, je souhaite que l'engagement militant des étudiants ne soit pas différent, qu'ils soient homos ou hétéros. Même s'ils conservent une sensibilité particulière due à leur histoire personnelle d'acceptation de leur homosexualité, je ne voudrais pas que les homos s'affichent seulement en tant que tels. Je me méfie du communautarisme qui marquerait chacun de sa «différence» alors que la lutte pour l'égalité touche l'ensemble de notre société.
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